
Date : 23/06/2009
Label : Roadrunner
View : 1496 fois
Catégorie : cd
Bon.
Voilà ma tirade. N'ayant pas réussi à trouver un système efficace pour écrire une chronique sur ce disque, je vais la faire en quatre parties :
1) Piste par piste
2) Musicien par musicien
3) Les + / les -
4) Digressions diverses et variées
Piste par piste
A Nightmare to Remember : Une ambiance très très sombre, à la limite du black metal en terme de progressions d'accords. D'excellents moments, je n'invente rien si je parle du fabuleux passage "Beautiful agony/wonderful misery/In peaceful sedation I lay half awake" qui me fait décoller à chaque fois. Un morceau ni trop long ni trop court, avec pas mal de couleurs, une certaine saveur de Medicate Me. On peut admirer le premier blast de Mike (qui colle bien au contexte). Le style d'écriture de John Petrucci colle plutôt pas mal au sujet (à savoir un accident de voiture). Mais je reviendrais sur les textes dans la partie 3 (parce que Dieu sait si ça fait aussi partie des trucs que je regrette sur ce disque). 3,5/5
A Rite of Passage : Le single du disque, et qui me gonfle déjà, modèle géant, je saute directement à Wither quand j'écoute l'album en entier. En concert ça passe très bien, le refrain est absolument imparable, mais voilà l'exemple type de ce que je n'aime pas dans le Dream Theater actuel : la partie instru. Boum on balance un riff thrashy, paf, solo de guitare, puis solo de clavier sans queue ni tête (j'y reviendrais aussi, Rudess est mi-figue mi-raisin sur cet album), et retour au riff principal, refrain, outro. 2,5/5
Wither : Voilà, typiquement, ce que j'aime chez DT. Même quand ils font de la soupe, ils la font bien (cf. I Walk Beside You ou The Spirit Carries On - nb : j'ai jamais nié aimer la soupe et les trucs faciles). Une power ballade sombre et humble, qui me prend à la gorge dès l'entrée du chant de LaBrie, des mots remarquablement bien choisis. Basique mais magnifique. 4/5
The Shattered Fortress : J'étais estomaqué quand je l'ai écouté la première fois. "C'est quoi ces enchaînements moisis, voire carrément inexistants ? Ce medley foutraque ? Ce copier-coller honteux ? Foutage de gueule !" Mon avis a un peu évolué depuis, mais je reste carrément déçu. Terminer une suite épique comme celle-ci par un enchaînement bancal de riffs qui arrivent de n'importe où, tirés des 4 morceaux de la série des AA, je trouve ça assez fort de café. Ils auraient pu faire un truc énorme, tout en restant dans l'idée "références au reste de la série", avec des transitions mieux amenées. Mike disait dans une interview qu'il s'agissait d'un soulagement et, en quelque sorte, d'une remise de la copie (comme un devoir à l'école). Je ne peux pas dire mieux que : conclusion bâclée. Ils ont voulu finir ça vite, et ça se sent. C'est con, il y a pourtant des moments énormes : la variation sur le riff de The Glass Prison qui précède le solo de synthé est du véritable headbang en barres, et la partie "I am responsible" est excellente. Et je dois avouer que terminer par l'intro de The Glass Prison est une putain d'idée. J'aurais difficilement pu imaginer meilleur point finale. 3/5
The Best of Times : Je ne crois pas avoir besoin de préciser les circonstances de composition de ce morceau ni du sujet dont il traite. Il s'agit d'une chanson émouvante, sincère, tendre, touchante, aux couleurs multiples. Mais c'est trop. C'est trop dégoulinant, sucré, à la limite du niais. Le summum est atteint avec ces trois vers qui me font grincer des dents à chaque fois : "Thank you for the inspiration, thank your for the smiles [...], and most of all, thank you for my life" (avec l'intonation ratée de LaBrie sur le "My life"). Pitié ! On peut dire merci de façon plus fine que ça ! ... Ceci dit, il s'agit probablement d'un des meilleurs morceaux du disque, avec une certaine saveur du DT old-school et des passages magnifiques (je pense notamment au couplet "But then came the call/Our lives changed forever more/"You can pray for a change/But prepare for the end"" qui me fait toujours un effet incroyable). Le solo final de Petrucci est magique, même si manquant de finesse (j'y reviendrais). 4/5
The Count of Tuscany : Le gros morceau du disque, un epic de 19 minutes bourrée de références à ce qui a fait le son DT. On retrouve là dedans, en pagaille, du Rush, du Yes, du Pink Floyd, le tout mouliné et préparé par nos 5 chefs dans un hommage incroyable au DT des années 90 (rah ce son de guitare en intro ! Je sais comment on fait pour l'obtenir, c'est tout con, mais ça me fait toujours le même effet). On tient ici le meilleur morceau de l'album, un feu d'artifice, des mélodies, des ambiances magiques, du riff, des arrangements, un break planant et un final splendide, des parties ni trop longues ni trop courtes, aucune idée ne se perd, rien à jeter. J'arrive pas tellement à développer à vrai dire, et tant mieux : ça veut dire qu'il leur reste un peu de la magie qui me manque tant dans leurs dernières productions. 5/5
Musicien par musicien
John Petrucci : Absolument irréprochable. J'ai rien à dire sur son jeu. Il se retient plus que sur Systematic Chaos, plus sobre, moins brouillon et shreddeur débile (sauf sur A Rite of Passage). Il se fend même d'un solo typé fusion sur The Shattered Fortress, dans la veine de Christophe Godin. Très surprenant. Et je persiste et je signe : il faut qu'il joue plus de guitare acoustique. A chaque fois c'est magique (pensez à Learning to Live, Regression, Another Dimension (LTE), The Silent Man). Je ne m'explique pas ce refus, notamment en live, de ne pas en faire plus (et ne me parlez pas du piezzo intégré à sa Musicman, ça n'a rien à voir en terme de son et de feeling avec une vraie guitare acoustique). Petite réserve cependant concernant son son lead : il est un poil chimique (par exemple, sur the Best of Times, il y a un grain à la Mathias "IA" Eklundh, et c'est pas un compliment). Et je pinaillerais en disant que je regrette un peu le léger manque d'aération de son jeu (qu'il met de côté sur l'intro de the Best of Times), relativement récurrent depuis plusieurs albums. Le solo de Lines in the Sand ou de Biaxident (LTE) sont les exemples les plus flagrants : quand Petrucci se met en mode feeling, ça pète la tronche. Moments de gloire : The Best of Times, The Count of Tuscany.
John Myung : Ça m'attriste de dire ça, mais je n'ai rien à dire. Le bonhomme est talentueux, présent, mais il n'est pas là. Aux abonnés absents en terme de son (en terme de compo je sais pas). The Silent Man. Moments de gloire : ???
James LaBrie : Pas grand chose à dire non plus, si ce n'est qu'il s'en sort très bien le bougre. Il a un chant plus grave et plus sombre qu'avant, il est plus à l'aise et ça s'entend. Et son timbre continue à ne pas m'agacer, et ça me plaît. Moments de gloire : The Shattered Fortress, Wither, The Count of Tuscany
Mike Portnoy : Globalement décevant. Je sais qu'il s'est déjà exprimé sur le sujet, qu'il n'a plus le temps de travailler...mais merde, non seulement il n'y a rien de nouveau (si ce n'est son premier blast sur ANTR), mais tout ça est du déjà entendu, sans finesse, toujours les mêmes breaks, les mêmes transitions, les mêmes ficelles. Du Mike Portnoy classique...il n'a plus rien à prouver, et il le prouve (:D). Ceci dit, ça reste tout de même du très haut niveau, et je lui tirerais toujours mon chapeau quoi qu'il arrive. Mais s'il pouvait s'inspirer un tout petit peu d'autres batteurs (au hasard, Gavin Harrison)... Moments de gloire : ???
Jordan Rudess : Comme je le disais plus haut, mi-figue mi-raisin. Il arrive, au sein d'une même chanson, à développer des nappes et des ambiances absolument magnifiques, profondes, parfois sombres, dans le plus pur style de Kevin Moore, avec choeurs et cordes...et à nous sortir des soli absolument imbitables, amélodiques, techniques à outrance, bruitistes (le summum étant atteint sur A Rite of Passage, avec un super son Game Boy, mais qui a au moins eu le mérite de me faire rire, et qui est très probablement du second degré), les pires soli qu'il aie joué au sein de DT. Le pire côtoie le meilleur. Moments de gloire : Tout sauf A Rite of Passage.
Les +
- Ils ont enfin fait, dans ce disque, ce qui a toujours manqué à DT à mon sens : des putain de choeurs surgonflés. J'ai toujours pensé que c'est ce qu'il leur fallait pour faire des refrains d'enculés, et ils l'ont fait. A Nightmare to Remember, A Rite of Passage, The Count of Tuscany : les trois morceaux marquants à ce niveau-là.
- Un disque bien plus aéré que Systematic Chaos qui sonnait beaucoup plus bloc, compact, étouffant, oppressant. On respire plus et mieux, ne serait-ce qu'au niveau du mix, mais aussi des compos.
- Une volonté de renouer avec les racines de DT en terme de son. Ça peut paraître contradictoire vis-à-vis de ce que je dis plus bas en 4 (c'est à dire "on met un peu de son typé I&W histoire d'appâter ceux qui regrettent cette époque"), mais comme je fais partie des fans de cette époque, ça fait plaisir (et ce son clair...:')).
- L'abandon de l'inspiration corner. DT s'est toujours beaucoup inspiré U2 pour ses balades (pour vous en convaincre, écoutez donc Eve, Lifting Shadows Off a Dream, Speak to Me ou the Way it Used to Be), mais ça n'a eu l'air de commencer à choquer les fans que lorsque Octavarium est sorti, avec I Walk Beside You. M'enfin ça fait plaisir de les voir refaire leur propre musique (même si inspirée des poncifs du genre, je reviens pas là dessus, tout le monde sait de qui je parle).
Les -
- Les textes. Je pense qu'on a atteint le niveau le plus bas. Des textes minimalistes, immédiats, sans finesse. J'en discutais avec une connaissance l'autre jour, et je disais que je me foutais des paroles tant qu'elles sont bien intégrées à la musique. Hé bien, désolé mais là ça ne passe pas. The Best of Times (je sais que tu as voulu bien faire Mike, mais tu sais bien que le larmoyant n'est pas la meilleure solution) et la fin de The Count of Tuscany en sont les exemples les plus criants. Le style minimaliste de John Petrucci est cohérent pour une chanson metal (sur ToT ça allait parfaitement), mais pour des morceaux plus fins ça le fait moins. Je vais faire encore le mec qui enfonce des portes ouvertes, mais...Des textes comme ceux de Trial of Tears, Learning to Live, Take the Time, A Change of Seasons, ou plus récemment Octavarium : comparez-les aux textes des deux derniers albums, y'a pas photo non ?
- Pour ce qui concerne l'inspiration, la spontanéité des compos, le (manque de) recul vis-à-vis de leur propre musique, voir ci-dessous.
Digressions diverses et variées
Je savais pas trop par où commencer avec ce disque.
Etant un fan absolu de DT depuis 3 ans (découvert avec Images & Words), j'attendais avec une fébrilité non feinte ce nouvel album. Je l'ai reçu voilà deux semaines, j'ai eu le temps de l'écouter au bas mot une vingtaine de fois.
Ce qui ressort de tout ça, malgré une certaine satisfaction au vu de certains moments de gloire (je pense notamment à The Count of Tuscany), c'est une déception et une désillusion qui se font de plus en plus présentes depuis 2 albums. Je m'explique, et j'éviterais d'enfoncer des portes ouvertes (c'était mieux avant, à côté d'I&W ça fait pas le poids, etc.).
La musique de DT me semble de moins en moins spontanée. Ça a déjà été dit et redit, mais le fait que MOI le pense prouve bien que ça commence à devenir relativement flagrant, ayant, je l'avoue, une légère tendance à aimer tout ce que le groupe fait, même la soupe type I Walk Beside You ou The Answer Lies Within. La désagréable impression que j'ai en écoutant Black Clouds & Silver Linings, c'est d'entendre une checklist mise en musique. Un cahier des charges de ce qui a fait la renommée de DT et qui fait qu'ils sont appréciés par leur fanbase. Exemple :
- Morceaux longs : sauf les deux singles (dont le plus court fait 5:25), rien en dessous de 13 minutes. OK
- Soli de guitares : à foison. OK
- Soli de synthé : à foison. OK
- Mesures asymétriques : OK
- Technique instrumentale : de partout. OK
- World Domination Note : OK (:D)
...
...
La liste est longue. Mais résultat :
- Spontanéité : désactivée, mais c'est pas grave, ça fera plaisir à la fanbase qui aime tout ce que le groupe fait, et au mieux ça ramènera vers le groupe les quelques vieux fans qui aimaient Images & Words. Et c'est bien le problème : ils ne cherchent pas à contenter autre chose que cette tranche de fans qui achètent leurs albums les yeux fermés en 3 exemplaires (un de chaque édition), vont à leurs concerts et achètent leur merch.
On me dira que le groupe est en pilotage automatique depuis un moment, au moins depuis 6DOIT, au plus depuis Octavarium. Pas d'accord là-dessus. J'ai toujours un plaisir certain en écoutant tous les albums de DT, sauf SC, qui s'il m'a pas mal plu au début est au final leur album que je trouve le moins...spontané (décidément).
Le résultat de mon raisonnement est relativement simple (et pas original pour un sous) : je pense que le groupe n'a plus le recul nécessaire sur leur propre musique pour sortir des albums de la trempe de SFAM ou I&W (oups, une porte ouverte). Comme le disait Mike Portnoy dans une interview, le processus de création d'un album de DT, à l'heure actuelle, se fait en 6 mois. Ils s'enferment en studio, les mains vides, et en 6 mois, l'album est écrit, composé et enregistré. Je ne vois honnêtement pas comment on peut avoir le recul suffisant pour écrire un album de 75 minutes en un laps de temps aussi court sans y foutre du déchet ou faire du remplissage. Je n'évoquerais pas l'influence du tandem Portnoy/Petrucci à la production, je pense que tout le monde aura compris l'importance de la main-mise que ces deux-là ont sur le contenu du disque.
J'ai envie de dire une chose qui va paraître assez prétentieuse, incongrue, impensable, improbable, peut-être détestable : j'en suis venu à penser que le groupe devrait prendre des vacances. Faire un break. Chaque membre partant un an ou deux de son côté, s'aérer l'esprit, quitter le clan Dream Theater, jouer dans d'autres groupes, monter d'autres projets, chercher d'autres sources d'inspiration...Puis revenir, avec des idées, en discuter, laisser chaque musicien travailler comme bon lui semble, prendre bien le temps de composer. Bon, ça nous ferait le prochain album de Dream Theater en 2012 ou 2013 (oui, le temps de finir la tournée en cours), mais le jeu en vaudrait très probablement la chandelle. Ça me fait mal de voir le groupe s'enfermer dans de tels schémas autarciques quand on sait de quoi chaque musicien est capable, et de quoi le groupe est capable : bordel, ils ont pondu SFAM ! Ils ont pondu Six Degrees ! ...
Pour ne pas terminer sur une note pessimiste, je dirais qu'il faut encore croire en DT. Il ont plus d'un tour dans leur sac et, avec cet album, ils ont prouvé qu'après des albums contestés (Systematic Chaos en tête), ils pouvaient redresser la barre et revenir à quelque chose de plus personnel musicalement. Je pense que DT a encore de beaux jours devant eux. Ce qu'il leur faut retrouver, c'est le grain de folie qui les occupait voilà 15 ans. Et ils en sont capables, j'en suis sûr.
Je pense avoir fait un tour relativement complet de la question. Merci si vous avez eu le courage de tout lire (et faites le moi savoir, ça me fera plaisir ;)), réagissez si vous voulez.
Note finale : 3,5 / 5
(Et je précise à l'intention des éventuels rageux : DT est le groupe qui m'accompagne tous les jours de ma vie depuis 3 ans, je les aime et les respecte immensément, et ça m'a pas fait plaisir de devoir écrire comme je l'ai fait. Rien de gratuit dans ma critique, juste du ressenti)
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Commentaires
pour moi, tu résume pas mal l'affaire BC&SL. pour ma part j'ai découvert DT en 1993 avec awake, je suis grand fan depuis ce temps mais j'avoue attendre quelque chose de mieux depuis six degrees, qui était pour moi le dernier album prog de DT... sur cet album, même si on est loin de morceau comme take the time ou 6:00 et bien d'autres, A Nightmare to Remember and the count of tuscany sont des monuments à rajouter au tableau de DT et pour moi il n'yen avait pas eu tant que ça ces dernières années.... bilan assez positif pour moi en ce qui concerne le dernier album, rdv au concert avec tous les nouveaux fans boutonneux !
Personnellement je suis un assez jeune fan de DT puisque je les ai connu sur Octavarium. Je n'ai donc pas la nostalgie de leur "ancienne période" et forcement mon avis sur les albums diffère souvent des critiques.
- On a descendu Octavarium, que j'ai personnellement adoré (et même The Answer lies Within !).
- On a qualifié Systematic Chaos comme un album qui rattrapait le précédent (jugé souvent trop pop) en baignant dans le heavy, perso j'ai beaucoup moins aimé.
Du coup j'avoue que je me suis fixé comme règle de ne plus prendre en compte les avis extérieurs et d'écouter l'album une 1re fois avant de l'acheter... et c'est ce que j'ai l'intention de faire avec celui-ci (mais pas tout de suite, en ce moment les économies...)
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