Bon Iver - For Emma, Forever Ago

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Date : 19/02/2008

Label : Rogue

View : 990 fois

Catégorie : cd

C'est comme une soirée d'hiver, avec quelques amis, dans une petite pièce où deux canapés qui s'affaissent sont posés sur le sol, une sorte de cabane, un endroit inaccessible, impénétrable, à jamais. La neige tombe dans le reflet du réverbère, le vent sec et frais chante dans les rues sombres.

De ce calme émane un son, comme sorti de la forêt, qui a effleuré les feuilles des vieux chênes, essuyé la rosée du matin, envoûté les écureuils et taquiné les sombres loups. Tendrement, il jaillit des sous-bois, s'aventure dans la ville, l'urbaine citée est à son tour enivrée par ces accords mystiques, sans origine palpable. L'air et les vibrations s'introduisent dans cet endroit exigu. Les ondes s'emparent du papier peint un peu rétro, où tournesols hantent l'ocre uniforme.
Alors, dans cet air enfumé par quelques cigarettes, où une odeur de bien-être vagabonde, ce son trouve sa place, lentement. Petit à petit, chaque fréquence devient une note, un bruit qui rappelle à l'oreille que le temps passe.
Les visages animés des quelques amis présents se tournent vers cette apparition, et un sourire indécis se dessine, entre doute et mélancolie, comme s'il fallait finalement se résoudre à disparaître, à fuir cet endroit où plus rien n'a de sens, où le temps n'existe plus, où il n'était plus nécessaire de parler pour se comprendre.

Un dernier regard se pose sur cette apparition. Elle reprendra son chemin, vers d'autres forêts, vers d'autres villes, où les papiers peints attendent de trembler. Maintenant fébriles, les quelques privilégiés se lèvent, hagards. Le pas n'est pas assuré. Ils vacillent. Ils s'observent sans un mot. Un d'eux est resté allongé dans le canapé, comme invincible, les bras lourdement posés sur les accoudoirs. Il ne trouve plus la force se lever. Beaucoup de souvenirs reviennent à son esprit. Les anciennes promesses, les premiers amours, ces moments immortels, tellement simples.

Quand il se décide finalement à se lever, tremblant, il comprend.

Il attendra que ses amis sortent de la pièce. Il regardera rapidement, d'un geste circulaire, cet endroit magique. Alors que le bruit des pas se fait entendre sur les marches en bois, il fermera cette porte usée, donnera un ou deux tours de clé, histoire de sceller ce moment éphémère dans l'intemporalité.

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Commentaires

29 avril 2009 à 22:52
Superbe chronique. A lire en écoutant l'album (ce qui s'est produit pour moi par hasard). Belle retranscription de l'ambiance surnaturelle qui émane de ce disque.

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