Pink Floyd - The Wall

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Date : 30/11/1979

Label : Harvest

View : 2327 fois

Catégorie : cd

The Wall. Ce titre évoque chez chacun un sentiment, plus ou moins proche, mais toujours aussi fort. Que ce soit par les mélodies d’Another Brick in the Wall, ou par les images frappantes de la marche des marteaux croisés, on en a tous une idée, une image ou un souvenir que la seule évocation du titre suffit à nous remémorer. Car c’est un album fort, l’album phare d’un groupe au sommet de son art, à l’apogée de sa carrière. Alors qu’une génération de jeunes mal peignés a cru enterrer Pink Floyd avec force insultes et crachats, le groupe se réunit pour mettre un point final à cette décennie de démesure. Anti-punk par excellence, The Wall fait mentir toutes les caricatures par la perfection dont il fait preuve dans tous les domaines.

The Wall, c’est le projet mégalomane d’un seul homme : Roger Waters. Ayant saisi depuis longtemps toutes les potentialités de son groupe de virtuoses, il se lance à la poursuite de quelque chose d’énorme : réaliser l’album-concept le plus abouti qui ait été fait jusqu’alors. C’est l’histoire d’une réussite, c’est l’essence de la démesure, l’inconcevable réalisé. The Wall englobe tout. C’est un album, mais c’est aussi un spectacle programmé minutieusement, c’est un film dont la force hermétique nous fascine encore aujourd’hui. Rien n’y échappe. Derrière ce mur de briques se cache une œuvre musicale riche, une critique acerbe qui tend à l’exhaustivité, un psychédélisme surréaliste illustré.

Avec une cohérence incroyable, Roger Waters parvient à critiquer en bloc la guerre et ses séquelles, les problèmes d’éducation, scolaires ou parentaux, la pression de l’industrie musicale, les drogues, le totalitarisme… Tout ça à travers l’histoire d’un homme : Pink Floyd lui-même. C’est toujours l’histoire d’un homme, toujours le même. Syd. Qui ne voit pas planer son ombre dans ce récit d’une personne torturée, prisonnière des excès du star-system ? Comme une comète il a illuminé le groupe furtivement, et comme une muse à présent, il l’inspire. Plus d’une décennie après son départ, son empreinte est toujours aussi présente. C’est en mêlant sa propre histoire avec celle de son vieil ami que Waters parvient à créer ce conte fantasmé, et à lui donner une dimension bien supérieure à la platitude de faits réels.

On ne traverse pas The Wall indemne. On est oppressé dès le début par la pression créée par la musique, par les personnages, par le poids de l’album lui-même. Claustrophobes s’abstenir. Qui y entre n’est jamais sur d’en ressortir. Fascinés par la beauté sombre du duo Mother/Goodbye Blue Sky, on ne voit pas le mur se construire autour de nous. Hey You ! Désemparés, on sombre doucement, on glisse, on chute même. Violemment. Une horde de marteaux nous sort de l’état végétatif dans lequel nous a laissé la brillance addictive de la guitare de Gilmour sur Comfortably Numb. Mi-vécu, mi-rêvé, ou les deux à la fois, il est impossible de réagir. Stop ? Non. Pas encore. Fuite impossible. Il faut détruire le mur d’abord. Epreuve déchirante, qui ne saurait être mieux exprimée que par The Trial, aux airs d’opéras, mené par un Bob Ezrin en grande forme.

Enfin, on en est sorti. Sorti ? Mais est-ce bien sur ? Les rêves se sont entremêlés les uns les autres. Intérieur, extérieur, rien n’a moins de sens à présent. Quoiqu’il en soit : « Time to go ! »

The Wall, c’est une métaphore à toutes les échelles, qui fait naître un sentiment d’enfermement de l’infiniment petit à l’infiniment grand. The Wall brouille les frontières du réel. Rogers Waters a construit un mur entre lui et le reste du monde, son public, mais aussi les membres de son groupe. The Wall c’est un rêve qui a pris forme, marquant par là le summum du potentiel d’un groupe dont les prétentions n’avaient d’égales que la virtuosité de ses membres. Au-delà, le néant. Pink Floyd a réalisé l’album suicide, et meurt enfermé par son mur, laissant une des pierres les plus remarquables de l’immense édifice de la musique.

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Commentaires

3 mai 2009 à 21:20
un album de légende même si j'ai une préférence pour le live de la tournée the wall en 1980 (la pochette comporte les 4 visages version masque) "is there anybody out there?" the wall live 1980-81 .

mais cela reste mon opinion
29 avril 2009 à 12:30
personnellement "the wall" fait parti des 4 ou 5 albums qui me suivent et me suivront toute ma vie...tout y est.
27 avril 2009 à 20:58
Dans la bio "Pigs Might Fly" il est évoqué qu'effectivement, Waters s'est largement inspiré de Barrett sur certains titres de The Wall (surtout pour le film en fait).
Mais l'idée du mur lui est effectivement venue après avoir craché sur un fan, ce que confirme Mason dans son livre...

Sinon, The Wall est ma première claque, je devais avoir 13 ou 14 ans quand j'ai chippé le double 33 tours à mes parents pour l'écouter au casque. Je ne m'en suis jamais vraiment remis!!!!
24 avril 2009 à 19:46
Très bon résumé de ce double album qu'on écoute de la première à la dernière chanson sans une coupure, c'est agréable, toutes ces chansons entremêlées !

Mais bien sur, ne pas oublier les autres albums du groupe comme "wish you were here" ou "dark side of the moon" :)
22 avril 2009 à 21:38
Ouais je suis d'accord avec toi, je me suis rendu compte que je lui avait peut-être accordé trop d'importance. Mais je pense qu'une partie du personnage de Pink Floyd est clairement inspirée de Syd. Le côté dépassé par son rôle de rockstar, qui s'enfonce dans la drogue etc... Mais c'est vrai que l'idée du mur entre le groupe et le public, l'absence du père et tout le reste reflètent vraiment la personnalité de Waters.
22 avril 2009 à 20:05
C'est drôle, je vois pas du tout Syd derrière Pink Floyd mais clairement Waters.
il a d'ailleurs raconté que l'idée lui était venue après avoir cracher sur un fan qui montait sur scène lors d'un concert. Il a vu qu'il s'éloignait d'une existence normale et s'aliénait.

Jolie chronique sinon. Tout est parfait dans ce disque.

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