
Date : 30/01/2009
Lieu : Lille
Salle : Aéronef
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Catégorie : concert
Un soir de janvier, c'est rarement très gai. De par la météo, la nuit qui tombe dès cinq heures de l'après-midi, ou l'air déconfit des passants. Alors passer une soirée avec of Montreal, le groupe de Kevin Barnes, ça ne peut que remettre de la joie dans l'air voilé.
Et, quand on aperçoit les musiciens déguisés, travestis, avec ailes d'anges, perruques et maquillages, robes et autres chapeaux exubérants, on est sûr d'avoir frappé à la bonne porte.
Le show s'ouvre sur She's A Rejector, après qu'un tigre costumé s'approche, arrogant, et lance un sample. Les chansons s'emmêlent, Kevin Barnes se dandinent. La pianiste sur la gauche de la scène ne peut effacer ce sourire de ces lèvres. Elle rit des mouvements approximatifs de Barnes, des réactions du public quand arrivent, sur le fond de la scène, des êtres étranges, déguisés en cochon, en diable, en tigre ou simplement en ombres aux masques rouges.
C'est un spectacle grand guignol, où la musique interfère avec le théâtre, les acteurs sont à la fois les musiciens et les étranges personnages du fond, devant les symboles mystiques et religieux projetés sur l'écran. Les religions, les croyances et les bondieuseries apparaissent comme absurdes. C'est provocant et décalé; du théâtre de l'absurde, en somme.
Ce n'est plus un vrai concert, c'est une pièce de théâtre. Kevin Barnes joue le rôle du chanteur d'of Montreal. Ce nouveau Bowie, travesti et mal dans sa peau. Quand les "waouh" de la salle l'accompagnent alors qu'il se déshabille, on se dit que rien ne peut plus atteindre cet homme.
Il est à la fois l'homme et l'acteur. Porté par ses figurants, dans un cercueil, entièrement nu, le corps recouvert de crème chantilly, comme un symbole du factice et de la réalité : la fragilité de l'homme, l'invincibilité de l'acteur. Derrière la musique enjouée du groupe américain; les paroles dépressives de Kevin Barnes. Et quand, après For Our Elegant Caste retentit Touched Something's Hollow, cette minute trente en apesanteur dans ce tourbillon sonore, tout devient clair.
Les gens s'arrêtent de danser, se regardent. Où est la piste de danse géante de Heimdalsgate Like a Promethean Curse ?
Cet homme est isolé, bien que face à une salle comble, devant un groupe d'amis qui jouent toujours avec cette même fougue.
Et ce qui ressort de ces relations n'est qu'un enchevêtrement de sons, où une voix aiguë, des cris, des chœurs, une salade sonore, aromatisée, sucrée et légèrement relevée et psychédélique.
of Montreal, c'est la perte des repères. Et de cette souffrance implicitement exprimée jaillit une joie, une bonne humeur inexprimable. Un indicible sentiment de légèreté, qui dure, qui dure...
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