
Date : 24/08/2009
Label : Domino Records
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Catégorie : cd
Il y a des moments dans la carrière d’un groupe où l’envie d’aller voir ailleurs se fait pressante, où on prend le risque de déplaire. De nombreux chef d’œuvres ont illustré ces inévitables passages, mais également des albums qui sont restés confidentiels, pour le plus grand bien sans doute. Changer d’air en musique, c’est quitte ou double. On joue, on gagne ou on perd mais hors de question de revenir en arrière.
Dans cette vague de groupes de jeunes rockeurs aux chansons catchy qui ont débarqué il y a quelques années, les Arctic Monkeys font figure de tête de proue avec leur son incisif et efficace, narrant sans complexe les contes urbains de Sheffield avec un bon accent du Yorkshire. On les a vu boutonneux, jouant à fond des hymnes rock qui s’immisçaient dans la tête et dans le corps avec hargne. On les a vu plus murs et plus réfléchis. Alors forcément, on attendait le fameux album de la maturité. Tout laissait à penser que le nouvel opus Humbug allait être surprenant, on s’excitait d’avance, on spéculait, et on lisait avec intérêt les maigres et inutiles indices disséminés dans la presse. Les jeunes ça grandit, et ça évolue vite. Trop vite pour certains. Voir un enfant grandir c’est passionnant mais ça va toujours trop vite. « Les enfants, c’est comme les années, on ne les revoit jamais . »
Mais rentrons dans le vif du sujet. Verdict de la pochette : on revient à la simplissime photo qui coûte pas bien cher. Ca décomplexe l’objet, et ça fait plaisir à voir. Quoique. « What happened to his hair ? » peut-on lire sur Youtube. Ne nous étendons pas sur le sujet. Mais on n’en pense pas moins.
En ce qui concerne la musique, dès l’entrée en matière, il est clair qu’on ne reverra jamais nos jeunes gringalets boutonneux. Ils nous avaient habitués à taper très fort dès le début. Il n’en est pas question ici. My Propeller ressemble à un échauffement. Ca commence tranquillement, ça tourne facilement, ça progresse tout doucement. Mais le plus important, c’est que ça donne le ton. Comme on le sentait pointer dans If You Were There Beware et This House is A Circus précédemment, le jeune quatuor s’est définitivement orienté vers un son plus gras, plus ample, vers des compositions plus calmes et plus travaillées, vers des arrangements plus tendus et plus expérimentaux.
La suite confirme cette entrée en matière. Finis les up-tempi, place à des rythmes ralentis et pesants. Au revoir les cascades de riffs, bonjour les guitares sporadiques et réfléchies. Le groupe s’est nourri d’influences qui se ressentent beaucoup sur le son de ce nouvel album. La patte de Josh Homme n’est pas trop écrasante, mais est bien présente par ces basses si grasses et cette batterie qui tape bien où il faut. Comme à chaque fois, les Arctic Monkeys nous livrent un bijou de bombe de single. Crying Lightning est très convaincant et joue très bien son rôle d’éclaireur pour cet album. Il semblerait également que l’air de la Californie ait inspiré nos anglais, tant on retrouve de traces de vieux psychédélisme californien dans les parties solo ou dans ce break mystique de Potion Approaching où la voix d’Alex Turner prend des airs de Jim Morrison.
A lire ceci, on croirait qu’ils ont tout jeté. Détrompez-vous, il subsiste des bribes de ce qui a fait le succès des Arctic Monkeys, et pas les plus dégueulasses, si vous permettez l’expression. Les riffs sont toujours aussi efficaces, reconnaissables entre mille. La batterie de Matt Helders est toujours aussi impressionnante. A tout cela s’est ajouté des effets souvent bien employés, mais pas toujours, comment en témoigne le très dispensable Cornerstone. Plus surprenant, il plane sur cet album comme un fantôme de Black Sabbath, dans ce ton définitivement sombres et ces passages tendus et pesants.
Alors oui, cet album est surprenant. Surprenant par des choix discutables, comme ce simili-hommage au groupe préféré d’Alex Turner qu’est The Coral dans The Jeweller’s Hand qui conclut de manière bancale cet album qui recèle tout de même quelques pépites. Humbug ne brille pas par ses ballades, même si The Fire and the Thud est attachante, il ne brille pas par les chansons ultra-efficaces, qui, bien que réussies, n’en manquent pas moins d’originalité. Non, il brille par ces quelques synthèses d’anciens éléments et de nouveaux que le groupe a réussi à produire. Ainsi, Potion Approaching et sa progression qui passe du déjà-vu au surprenant est très intéressante, au même titre que Dance Little Liar, avec son rythme et sa tension croissante et explosive qui caractérise l’album. Car l’album explose avec le dantesque Pretty Visitors, qui mélange un son de clavier austére avec ses riffs acérés associés au chant surpuissant d’Alex qui ont fait le succès d’un I Bet You Look Good On The Dancefloor.
Alors que retenir au final ? On a eu ce qu’on voulait, un album qui change de direction. Pour autant tout n’est pas perdu, contrairement aux lamentations de certains fans, et les Arctic Monkeys ont bien préparé leur coup. Finalement on n’est pas tellement surpris, et du coup on ne reste pas complètement extatique devant cet album inégal qui vaut certes le détour, mais ne mérite malheureusement pas qu’on lui colle l’étiquette de chef d’œuvre du groupe. Mais ce n’est que le début, affaire à suivre…
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